• Peut-on guérir après avoir trop aimé?

    Peut-on guérir après avoir trop aimé?

     

    Peut-on guérir après avoir trop aimé ? Peut-on encore sourire, se relever, rêver ? Est-on seulement encore capable d’imaginer la vie ? Peut-on rire après avoir tant souffert, après s’être plié de douleur, s’être courbé de souffrance, s’être mis à genoux, sans honte, sans plus aucune fierté pour supplier ? Arrive-t-il un jour où l’on retrouve le sommeil, on devient capable à nouveau de dormir sans larme et sans cauchemar, une nuit entière ? Vient-elle, cette nuit où l’on n’est pas tiraillé par l’absence, le vide ? Devient-on capable de penser à nouveau ou même simplement de sourire ? Est-il possible de réparer un cœur dont on ne trouve plus les morceaux, de panser une blessure qui ne cesse de saigner ? Peut-on retrouver le goût de vivre alors même que l’espoir vous a quitté ? Peut-on guérir après avoir trop aimé ? Sommes-nous un jour à nouveau capable d’espérer, de relever les yeux ? Peut-on retrouver l’amour après avoir été brisé, après avoir été détruit ? Peut-on faire face à cette torture qu’Eros, tout puissant, nous inflige ? Peut-on regarder l’humain sans le haïr malgré nous ? Devient-on capable de concevoir un futur alors même que l’avenir n’est plus et que le présent se perd ? Ose-t-on simplement à nouveau regarder l’amour en face ? Peut-on guérir d’avoir trop aimé ? Ce soir, encore, je fais face au cerisier qui me nargue. Il a perdu de sa dorure initiale, sa couleur s’effrite et mêmes ses pétales me semblent moins rayonnants. Il n’a plus le même effet sur moi, il n’a plus son pouvoir magique. Avec lui, je vois la souffrance et je sens la rancune de ce qui s’est fait et de ce qui ne s’est pas dit. Je regarde la lâcheté et la fin. Pour la première fois. Pour la première fois, je vois le cerisier et ses défauts après avoir tant tenté de l’oublier…Mais malgré tout, malgré cette prise de conscience, j’y reste attachée, jour après jour. Chaque fois que je m’en éloigne, soupirant de soulagement, j’y reviens lorsque les forces me quittent et que je me fais plus faible. Quel est ce maléfice ? Pourquoi malgré la colère et la souffrance, je reste ici, à observer sa beauté et sa douceur ? Suis-je donc insensée pour aimer un cerisier qui ne m’appartient pas ? Est-ce l’idéal d’un ange que j’ai posé sur lui et dont je ne peux me détacher ? Vais-je seulement pouvoir partir ? J’en suis capable ! Il y a eu, avant lui, longtemps avant lui, un flocon de neige blanche, magnifique et que, après de nombreuses larmes, j’ai accepté de laisser partir. Pendant, j’ai frôlé un autre bonheur, celui d’aimer dans le vrai, un sapin qui s’en est allé pousser ailleurs sans tenir ses promesses, sans se retourner, sans comprendre ce que je ne comprenais pas moi-même et qui dans sa fierté ne m’entendra jamais lui dire qu’il me manque. Tout en moi tend à me dire que le cerisier peut s’oublier, lui aussi. Je l’avais oublié…Mais j’y reviens, encore et inlassablement comme attachée à un idéal qui ne m’est pas dû. Pourtant il s’effrite, ce cerisier, me laissant seule avec mes regrets, mes rancunes et mon amour…Et je me souviens m’être mise à genoux, tant de fois, trop de fois puisqu’il n’y a de sens à s’agenouiller que devant l’être que l’on aime. Et je me souviens avoir agi, en silence, dans l’ombre, pour voir mon cerisier heureux. Mais toutes les nuits, quand je ne dors pas, ce sont des larmes qui coulent. Celles d’un passé lointain avec un flocon qui parfois me guide encore, celles du regret de n’avoir pas pu tout expliquer quand il l’aurait fallu et celles d’un amour idéal qui n’est peut-être qu’un reflet mais qui me tiraille encore le cœur, aujourd’hui… Assise face à mon cerisier, je ne cesse de me demander : » Peut-on encore regarder l’amour en face ? Peut-on guérir après avoir trop aimé ? »

    Nyx


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  • Commentaires

    1
    Théotime
    Mercredi 25 Janvier 2012 à 19:38

    Je n'ai fait qu'une seule lecture du texte - très beau d'ailleurs. J'ai pris plaisir à suivre la pente des sentiments du narrateur. C'est un récit que j'ai trouvé particulièrement interpellant, pour plusieurs raisons. La première tient à la série d'interrogations qui se rapprochent sensiblement de celles des grandes figures romantiques: René, Werther, Oberman... La deuxième, qui tire sa conséquence de la première, relève de l'expérience du sentiment nihiliste. Celui qui nous invite souvent à considérer la vie à partir de perspectives de non-sens, pour ne pas encore parler d'absurde. Arrivé là, considérant que nous sommes travaillés par l'urgence de dire la beauté du monde, de rendre compte de l'étrangeté merveilleuse du réel, parce que artiste, avant tout. Ne vaudrait-il pas mieux considérer la "blessure" d'un amour déçu comme une ouverture? Ne vaudrait-il pas mieux vivre cette "blessure" comme une occasion de reprise? Reprise sur soi, d'abord. Reprise sur la difficulté de vivre l'amour et de le faire durer, ensuite. 

    D'abord, reprise sur soi par le moyen d'une introspection intransigeante, d'un retour sur soi impitoyable. L'ambition serait de sortir du cadre chimérique de l'égocentrisme puéril, en passant par la critique exigeante de toutes ses aspirations, dans le seul objectif d'augmenter sa capacité à aimer; et aussi à être aimé, pour la réalité de son être. Egocentrisme puéril? Oui, celui qui invite systématiquement à se vivre en victimaire. A se vivre sans cesse en victime du pharisaïsme d'une époque impossible à vivre. Pour toujours. Et qui souvent, à pour résultat de nous enfermer dans l'à peine de nous-mêmes. De nous infliger de petites passions, parmi lesquelles le ressentiment, la délectation morose, la misanthropie... En fait, l'attitude poétique rime-t-elle avec les mots relâchement, abandon, défaite? Peut-être bien que oui. Mais, miraculeusement, peut-être bien que non. Doutons, autorisons-nous à goûter le plaisir du possible et de son infini. 

    Ensuite, s'agissant de la difficulté de vivre l'amour une question se pose. A quoi s'attend-on en amour? Qu'attendons-nous de l'amour? Oui qu'attendons-nous? Mieux encore, pourquoi attendons-nous? Oui, pourquoi l'attente? L'esprit poétique n'est-il pas fondamentalement offensif? L'esprit poétique n'est-il pas nécessairement agressif? Offensif lorqu'il s'agit d'élargir les bords obtus du monde. Offensif quand il est question d'ébranler l'étroitesse cadavéreuse du monde. N'est-ce pas? Et peut-être aggressif aussi dans une visée généreuse, le stade ultime de la poesie: la "poetisation". L'acte poétique à l'adresse de l'autre, le passage de la parole poétique. Le passage d'une subjectivité à l'autre. Le don d'un empan du réel à un autre. Le partage pur, travaillé par la sueur du poète. Son labeur, son art: la joyeuse générosité jamais lasse.

    J'espère avoir une réponse. J'espère aussi avoir bien fait sentir que j'ai beaucoup apprécié le texte.

    A bientôt.

     

    2
    Mercredi 25 Janvier 2012 à 20:47

    Bonjour,

    Avant tout chose, je tiens à vous remercier d’avoir pris la peine de me lire et plus encore d’avoir commenté mon texte.

    Les réflexions que vous posez ne sont pas simples et en soit, les sujets de ne le sont pas non plus et suscitent une série de question. Après tout, l’amour n’est-il pas celui qui vous fait dériver sur la pente du non sens, justement ? Celui qui aveugle et qui dérègle toute raison ? Ou n’est-ce pas plutôt une certaine forme d’amour, l’amour passionnel et non maîtrisé, l’amour égocentrique et l’amour du présent plus que de l’avenir ? L’amour du coup de foudre ? L’amour qui tue petit à petit mais qui ne trouve de raison d’être que parce qu’il est unique et s’il venait à être partagé, ne perdrait-il pas tout son sens à son tour ? S’étouffant dans la réalité ? Est-ce l’amour ou l’art qui rend aveugle ? Ou peut-être bien l’amour de l’art ou l’art de l’amour ? L’amour dans l’art n’a de puissance que si la blessure est vive et sourde mais l’amour est double. Il peut être vrai aussi, et raisonnable. Il peut être géré et à ce moment-là seulement, il est partagé. Mais cet amour-là, l’amour qui se vit dans le bonheur ne va-t-il pas à l’opposer d’un art poétique justement parce qu’il n’entraîne ni passion ni folie et qu’il se laisse bercer par la doux contrôle d’une sécurité agréable.

    Mais revenons sur le contenu même du texte ! Parce que le chemin à prendre après la souffrance est sans aucun doute le questionnement et la remise en cause. L’amour, en tout cas, celui que j’ai cherché à exprimer ici et la souffrance qu’il a engendrée ne sont voués qu’à cette cause, qu’au retour sur soi-même, à la critique dure et âpre qui mènera non seulement à la guérison mais aussi à une ouverture puisqu’il est celui qui dans sa démesure et dans son non sens mènera le narrateur sur le chemin du vrai et du réel, lui qui jusque là n’était versé que dans l’espérance rassurante d’un amour fleuri qui ne sera jamais. Et si dans son attitude versée dans l’amour fou, le narrateur s’est montré puéril et idiot, il n’est pas une victime. Et personne n’est vraiment victime, l’humain ne fait que s’enfermer dans ce rôle-là pour ne pas avoir besoin d’avancer. Le narrateur, ici, sait que même s’il n’a pas choisi l’amour qui le foudroie, il peut également se tourner vers un autre amour et il sait que s’il s’est longtemps enfermé dans une misanthropie qui ne l’a rendu plus malheureux, dans un monde qui n’appartenait qu’à lui et qui lui a fait perdre pied face à la réalité, ratant au passage énormément d’occasion de se redresser, il a conscience que tout ne dépend que de lui, aujourd’hui mais pourtant ce questionnement le tiraille encore, comme un doute qui le tue mais il peut trouver la réponse, s’il s’en donne la peine. Et plus le temps passe, plus il prend conscience du non sens qui l’a enfermé et petit à petit. Il pourra alors changer de cap et panser une blessure qui ne sera plus que le souvenir d’un nouveau départ et d’un renforcement évident. L’image d’une erreur à ne plus reproduire. Chaque souffrance permet d’apprendre.  Les deux termes grecs Paqein (pathein ;souffrir) et maqein (mathein ; apprendre) sont proches l’un de l’autre et régulièrement associé. Ce n’est certainement pas pour rien. L’attitude poétique dès lors ne rime effectivement pas toujours avec abandon mais elle commence par cette idée-là avant de grandir pour se diriger vers la ténacité et peut-être même l’éveil définitif mais n’est-elle pas aussi le symbole de l’inévitable rechute et de l’inévitable soulèvement comme un cercle sans fin qui trouverait son moteur en lui-même ?

    Quand aux questions sur l’amour…N’est-ce pas à chacun d’y répondre ? Mais l’amour n’est-il pas simplement l’image que l’homme se fait du bonheur absolu ? Et n’est-ce pas ainsi qu’il est vendu dans notre société ? Les films, les livres d’aujourd’hui, les séries télévisées ne cessent-ils pas de nous vendre un amour cliché et idyllique qui fausse d’emblée le jeu de la réalité de l’être humain qui inconscient se jette à corps perdu pour se confronter aux bordures d’un monde plus difficile et plus laid qu’il n’aurait pu le penser ? Et quel est le rôle du poète dans cette réalité ? Est-il censé la renvoyer telle qu’elle est comme le miroir que Stendhal promène de manière lasse sur la route, pointé du doigt par l’ensemble de ses paires, poétiser tout ce qui est, mot pour mot ou est-ce le rôle du romancier ? Ou doit-il l’enjoliver, cette réalité ? La rendre plus agréable ? Doit-il mener sur les chemins du rêves et porter sur l’extérieur ? Le poète peut-il prendre une fonction moralisatrice aussi ? Ou peut-il simplement être tout en même temps en fonction de ce qu’il a dans le cœur ? Et dès lors se faire agressif, s’il le désire brisant les barrières pour conduire l’initié sur les chemins perdus de la sensibilité, élargissant le point de vue de celui qui le suit ? Mais il peut se faire doux également lorsqu’il s’agit d’offrir du rêve et un moment de répit à celui qui l’écoute… Son rôle ne sera peut-être jamais clairement défini et c’est peut-être tout ce qui fait l’intérêt de la beauté de l’art poétique : cette incroyable liberté qui n’est quadrillé que par le travail de l’art. Quoi qu’il en soit, le poète donne, inévitablement et gratuitement. Il se verse dans son art et s’y chante en y dansant le monde et son monde et il offre, à mes yeux, tout ce qu’il peut offrir de plus beau : la liberté de ressentir ! Et le poète ne sera jamais, pour, défini par rien de plus que celui qui partage et qui offre sans contre partie.

    A bientôt, j’espère.

    ps. Je m'excuse d'avance si certaines fautes d'orthographe ou de frappe m'ont échappée!

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