• Prose

    Je ne suis, certes, pas une grande adepte de la prose poétique mais je dois lui reconnaître un certain intérêt. La prose ne pullulera pas ici mais il y en aura de temps en temps.

    Les articles sont classés par ordre chronologique.

     

        Sommaire:

    Complainte de la femme aimée

    La mort

    Peut-on guérir après avoir trop aimé?

    Silence, absence, souffrance

  • La Mort

     

         Un jour, quelqu'un a dit : « l’homme est le seul animal à savoir qu’il va mourir » Et pour une raison qui m’est assez obscure, cette prise de conscience d’une fin définitive semble effrayer l’homme. Voir la mort arriver est une des plus grandes craintes de l’être humain. Mais pourquoi la fuir ? Pourquoi s’en inquiéter ? Elle qui n’est ni loin ni proche. Elle dont on ne sait rien. Certains justement ont peur parce qu’ils ignorent ce qui se passe après son passage. D’autres craignent le jugement d’un Dieu auquel ils doivent tout. D’autres encore craignent justement ce vide, cet absence, cet infini, ce rien. Moi, bizarrement, je n’ai jamais tremblé devant la mort ni devant sa perspective. Y pense me provoque des frissons incontrôlables, je ne le nierai point mais ce n’est pas de la peur. C’est autre chose encore. C’est juste de la souffrance.

    En réalité, personnellement, j’ai toujours pris cette crainte de la mort dans l’autre sens. L’homme n’est angoissé à l’idée de la mort que par ce qu’il en a déjà vu et ce qu’il connait de la faucheuse ne se résume qu’aux départs d’autres êtres. Alors, oui, il a pu constater les ravages que provoque le passage de la Dame en noir et il l’associe donc à la souffrance, la noirceur et l’horreur. Mais peut-être que la mort n’est pas si cruelle. Ne peut-on pas penser que la mort ne revêt son long manteau de douleur, de larme et d’absence que pour ceux qu’elle laisse en vie ? Les défunts, si cela se trouve, ne ressentent plus rien ou sont heureux, en paix avec eux-mêmes ? La mort n’a d’effrayant que l’abandon des êtres chers laissés sur le côté. Cet abandon, je l’ai ressenti, comme tout le monde. La mort, la petite canaille, la méchante, la mauvaise, la vicieuse, la briseuse de cœur a aussi emporté avec elle des hommes et des femmes que j’ai aimés et qui ont beaucoup comptés pour moi. Elle leur a aspiré leur souffle de vie, a frappé leur cœur d’un coup de faucille pour que plus jamais il ne batte.  Elle les a emmenés aux royaumes des ombres, laissant derrière elle, comme à son habitude, une montagne de douleurs, de haines, de deuils, de souffrances, d’absences, de vides, de craintes, de tristesses, de questions, d’injustices, de révoltes et de larmes ! Mais je n’en n’ai pas plus peur, de cette mort. Au contraire, je me contente de la détester, de la haïr, de l’accuser de tous les maux du monde, de lui reprocher mon malheur, de lui reprocher le creux qu’elle a déjà de nombreuses fois creusé au fond de mon cœur en emportant avec elle des parties entières de ma vie.

         Ô belle mort, qui permet aux Hommes de gagner le sommeil éternel, pourquoi ne te soucies-tu donc jamais de ceux que tu laisses encore éveillés ? Ne comptent-ils donc pas pour toi ? N’existent-ils donc pas à tes yeux et leurs cris de désespoir et leurs supplications ne trouvent-ils pas grâce à ton cœur ? Rien ne te touche et tout ce qui t’importe, c’est d’emmener dans le royaume du rien ceux dont l’heure vient de sonner sur le glas du ciel ? Ô mort, maîtresse des hommes, toi seule finalement décides de la fin et du destin de ceux qui restent…Pourquoi n’écoutes-tu pas les hurlements du jeune homme épleuré sur la tombe de son frère, ou les sanglots de la jeune femme en larmes devant la tombe de sa mère ? Pourquoi te contentes-tu juste de voler l’âme et de disparaître sans un regard un arrière, pourquoi ?

     

    Nyx


    7 commentaires
  • Complainte de la femme aimée

     

    A toi qui m’aime ou qui m’as aimée, A vous qui m’aimez et qui m’avez aimée. Il y a tant de choses que je souhaiterais vous dire, tant de mots que je n’ai pas pus prononcer, tant de gestes que je n’ai pas posés mais il y a surtout une question que je n’ai pas formulée : pourquoi ? Je n’ai jamais souhaité vous voir souffrir, jamais voulu que vous tombiez amoureux, jamais pensé vous faire souffrir. J’ignore si c’est de la bêtise ou de l’innocence… J’ignore tout jusqu’au fondement même de vos amours. Ce n’est pas faute de le connaître, cet amour car tous, ici, vous pouvez témoigner de cette douleur constante qui me persécute depuis qu’Eros m’a foudroyé le cœur d’une de ses plus puissantes flèches. Vous avez tous, ou presque, séché mes larmes, apaisé mes sanglots. Alors je sais qu’Amour ne se commande pas, pas plus qu’il ne se dirige mais il existe et il est là. A vous qui m’aimez et qui m’avez aimée, sachez que je n’ai rien d’aimable. Je suis ce que je suis et même si je fais de mon mieux, je vous fais souffrir. Je n’ai rien qui puisse vous plaire, rien qui ne serait pas remplaçable, je n’ai rien d’extraordinaire. Je n’ai rien que vous ne puissiez oublier. Vous parlez tous de beauté, d’intelligence, de générosité, de naturel mais ces mots que vous prononcez, je ne les comprends pas, je ne les perçois pas, je ne les ressens pas…Je n’ai rien que vous ne soyez incapable de retrouver ailleurs, chez une femme ou un homme qui vous rendra heureux et qui vous fera oublié que je n’ai été que le spectre d’un amour qui ne vous sera jamais retourné. Je vous fais mal. Bien malgré moi, je le sais parce que j’entends vos larmes, j’entends vos cris, j’entends vos supplications mais je ne peux rien y faire. Juste laisser grandir la culpabilité de ne pouvoir guérir ce qu’Eros, par ma faute, vous inflige. Mais je n’ai rien d’aimable. J’ignore comment vous aider. Je n’ai pas de solution. Je n’en trouve pas à ma propre douleur et pourtant, je voudrais vous guérir, vous tous, vous soigner et faire en sorte que personne n’ait à souffrir comme moi, j’ai mal, à cause d’une femme… Elles sont belles, les femmes. Elles sont jolies, elles sont drôles et elles vous envoutent d’un regard, comme d’un sortilège dont vous ne pouvez vous défaire. Elles assèchent les océans les plus dangereux. Mais elles continuent de vous sourire et c’est ce sourire qui rend fou, ce sourire pour lequel vous pourriez vendre votre âme au diable. Je le sais. Mais pas mon sourire… Je n’ai pas ce sourire des femmes divines. Je ne suis pas aimable. A vous qui m’avez aimé, à vous qui m’aimez, je n’ai jamais cherché cela, je n’ai jamais voulu vous faire souffrir mais comme la promesse d’un soleil toujours levant, je serai là pour panser vos blessures… Si vous le souhaitez…

    Nyx


    4 commentaires
  • Peut-on guérir après avoir trop aimé?

     

    Peut-on guérir après avoir trop aimé ? Peut-on encore sourire, se relever, rêver ? Est-on seulement encore capable d’imaginer la vie ? Peut-on rire après avoir tant souffert, après s’être plié de douleur, s’être courbé de souffrance, s’être mis à genoux, sans honte, sans plus aucune fierté pour supplier ? Arrive-t-il un jour où l’on retrouve le sommeil, on devient capable à nouveau de dormir sans larme et sans cauchemar, une nuit entière ? Vient-elle, cette nuit où l’on n’est pas tiraillé par l’absence, le vide ? Devient-on capable de penser à nouveau ou même simplement de sourire ? Est-il possible de réparer un cœur dont on ne trouve plus les morceaux, de panser une blessure qui ne cesse de saigner ? Peut-on retrouver le goût de vivre alors même que l’espoir vous a quitté ? Peut-on guérir après avoir trop aimé ? Sommes-nous un jour à nouveau capable d’espérer, de relever les yeux ? Peut-on retrouver l’amour après avoir été brisé, après avoir été détruit ? Peut-on faire face à cette torture qu’Eros, tout puissant, nous inflige ? Peut-on regarder l’humain sans le haïr malgré nous ? Devient-on capable de concevoir un futur alors même que l’avenir n’est plus et que le présent se perd ? Ose-t-on simplement à nouveau regarder l’amour en face ? Peut-on guérir d’avoir trop aimé ? Ce soir, encore, je fais face au cerisier qui me nargue. Il a perdu de sa dorure initiale, sa couleur s’effrite et mêmes ses pétales me semblent moins rayonnants. Il n’a plus le même effet sur moi, il n’a plus son pouvoir magique. Avec lui, je vois la souffrance et je sens la rancune de ce qui s’est fait et de ce qui ne s’est pas dit. Je regarde la lâcheté et la fin. Pour la première fois. Pour la première fois, je vois le cerisier et ses défauts après avoir tant tenté de l’oublier…Mais malgré tout, malgré cette prise de conscience, j’y reste attachée, jour après jour. Chaque fois que je m’en éloigne, soupirant de soulagement, j’y reviens lorsque les forces me quittent et que je me fais plus faible. Quel est ce maléfice ? Pourquoi malgré la colère et la souffrance, je reste ici, à observer sa beauté et sa douceur ? Suis-je donc insensée pour aimer un cerisier qui ne m’appartient pas ? Est-ce l’idéal d’un ange que j’ai posé sur lui et dont je ne peux me détacher ? Vais-je seulement pouvoir partir ? J’en suis capable ! Il y a eu, avant lui, longtemps avant lui, un flocon de neige blanche, magnifique et que, après de nombreuses larmes, j’ai accepté de laisser partir. Pendant, j’ai frôlé un autre bonheur, celui d’aimer dans le vrai, un sapin qui s’en est allé pousser ailleurs sans tenir ses promesses, sans se retourner, sans comprendre ce que je ne comprenais pas moi-même et qui dans sa fierté ne m’entendra jamais lui dire qu’il me manque. Tout en moi tend à me dire que le cerisier peut s’oublier, lui aussi. Je l’avais oublié…Mais j’y reviens, encore et inlassablement comme attachée à un idéal qui ne m’est pas dû. Pourtant il s’effrite, ce cerisier, me laissant seule avec mes regrets, mes rancunes et mon amour…Et je me souviens m’être mise à genoux, tant de fois, trop de fois puisqu’il n’y a de sens à s’agenouiller que devant l’être que l’on aime. Et je me souviens avoir agi, en silence, dans l’ombre, pour voir mon cerisier heureux. Mais toutes les nuits, quand je ne dors pas, ce sont des larmes qui coulent. Celles d’un passé lointain avec un flocon qui parfois me guide encore, celles du regret de n’avoir pas pu tout expliquer quand il l’aurait fallu et celles d’un amour idéal qui n’est peut-être qu’un reflet mais qui me tiraille encore le cœur, aujourd’hui… Assise face à mon cerisier, je ne cesse de me demander : » Peut-on encore regarder l’amour en face ? Peut-on guérir après avoir trop aimé ? »

    Nyx


    2 commentaires
  • Silence, absence, souffrance.

     Entends-tu le cri déchirant du silence, la nuit, et à l'intérieur de lui, mes sanglots qui t'appellent sans relâche encore et encore. Il y a quelque part dans ce vide intense une lueur d'espoir qui semble s'éteindre au fur et à mesure que tu t'éloignes de moi. Combien de temps, maintenant ? Les heures et les minutes s'écoulent et tu t'en vas toujours un peu plus tandis que je ferme les yeux priant pour me réveiller d'un cauchemar affreux. Qu'on m'arrache donc le coeur à mains nues et que disparaisse avec lui cette douleur qui l'étreint et le serre toujours plus fort, cette boule dans la gorge et ce vide toujours ce vide qui se creuse de plus en plus parallèle au temps et aux larmes qui s'écoulent. Entends-tu donc mon appel déchirant dans le silence apaisant de la nuit ? Plus personne n'est là pour regarder les étoiles sauf moi parce que c'est toi que j'espère voir. Je rêve de t'entendre à nouveau, te regarder, te sourire et sentir tes bras protecteurs autour de mon corps sans envie de vivre. Tout ce qui ne s'est pas dit, tout ce qui ne s'est pas fait, tout ce qui aurait du être me hante pire encore que les souvenirs joyeux qui j'essaie de retrouver et de ne jamais perdre. Je pense qu'un jour, à force de t'avoir pleurée, mon corps n'aura plus de larme à donner et à ce moment-là, le glas sonnera enfin. A bout de force, au bout du vide, je plongerai dans le noir sans fond de ton absence, laissant mon âme à la dérive. Que tu es belle. Et l'eau salée se déverse toujours dans mes supplications vaines et sans réponse. Qui pourrait bien y répondre, d'ailleurs depuis que tu n'es plus là. Il ne reste rien et ce rien qui grandit toujours plus, m'enveloppe dans des ténèbres si noirs, si profonds, si effrayants qu'ils me semblent à présent être la seule place encore disponible dans ce monde pour moi. Mais que l'on m'arrache donc ce coeur ! Je vous en prie ! Prenez-le ! Tirez-le et avec lui cette souffrance et que je m'en aille doucement rejoindre la source de bonheur que j'avais près de moi. Mais qu'on m'arrache ce coeur qu'elle a tant aimé et qui l'a tant aimée. Le sommeil n'est plus pour moi. Lorsque les forces s'en vont toutes, les unes après les autres, il ne reste même plus de courage pour dormir alors il faut attendre avec ces files barbelés autour du coeur qui l'étreignent toujours plus fort. Finira-t-il par explosé ? Il n'y a plus devant moi que ce ravin au fond duquel je voudrais me jeter et cette obscurité qui m'habite. Ce nuage de tristesse qui ne s'en ira plus et qui fait pleuvoir sur moi les goûtes de ta vie. Il n'y a plus, au fond de mon être, cette force que tu me donnais, ces espoirs que tu m'offrais mais uniquement ce vide encore et toujours ce même vide que je désespère d'arriver un jour à combler. J'ai perdu ce que j'avais, ce qui me restait et ce qui comptait et je paie le prix de mon égoïsme... Mais que l'on m'arrache ce coeur! Il fait mal, il fait trop mal... Vous comprenez ? Il me fait mal ! Le chemin est sans lumière dans le silence insensé de la nuit et j'espère entendre un crissement de feuille m'indiquant que tu m'entends, que tu es là et que tu m'aimes. Je te vois partout, je veux te voir partout et je tombe toujours plus bas sans vouloir m'accrocher. Où se trouve ma force ? Aspirée par ce tourbillon de vide que tu as laissé. Et je t'aime. Je veux me remplir de cela....Il fait déjà trop noir pour avoir peur...Je voudrais que tout s'arrête, que cet enfer disparaisse mais les minutes avancent et je m'effondre. Il ne reste rien... Silence, absence, souffrance. Et qu'on m'arrache ce coeur !Supplications. Qu'on me l'enlève ! Désespoir ! Il ne se passe rien. Jamais Plus rien ne changera dorénavant et je suis coincée dans ces ténèbres et dans ce vide sans fin. Silence, absence, souffrance.

     Nyx


    4 commentaires
  • Son corps est froid

     Son corps est tiède. Une heure, deux heure, trois heures. Elle était tellement seule. Quelques cachets, une triste nuit d'hiver. Il faisait bien trop froid pour respirer, bien trop froid pour continuer. Son corps est tiède. Quatre heures, cinq heures, six heures. Elle était encore seule. Quelques comprimés une cruelle nuit d'hiver. Les factures s'entassaient, impayées, inquiétantes. Quelques larmes restent collées à son œil droit. Larme d'avoir compris qu'elle ne pourrait plus se lever, le matin. Larme pour n'avoir plus trouvé de raisons de se lever, de n'avoir plus trouver assez de force pour faire semblant. Son corps refroidit. Sept heures, huit heures, un jour. Une lente musique pour une rude nuit d'hiver. Elle avait faim parfois. Faim, comme on le pense et faim d'amour et de câlins. Elle était trop seule. Personne. Jamais personne pour s'inquiéter, jamais personne à qui manquer, jamais personne à retrouver. Jamais personne pour l'aimer. Un sourire, un seul sourire peut-être qui n'a pas suffit à la faire rester. Son corps est froid. Un jour, une heure, deux heures. Solitude extrême. Fatiguée, tellement fatiguée. Un combat qu'elle a mené et qu'elle n'a pas pu gagner. Un soleil qui n'apparaissait plus. Elle avait soif parfois, soif de câlins, soif d'amour. Besoin aussi, de contacts, quelques contacts. Besoin de ces souvenirs mais besoins qu'on cesse inlassablement de lui rappeler cette solitude dévorante. Son corps est froid. Un jour, trois heures, quatre heures. Un trou noir béant pour cette sale nuit d'hiver. Et pas de larme pour cette âme qui se soulève, non pas de larme pour quelqu'un qui n'est pas aimable. Qui pour pleurer cette chose ? Qui pour l'aimer ? Son corps se glace. Un jour, deux jours, une heure. Elle n'était plus que solitude. Divine libération en cette sombre nuit d'hiver. Fermer les yeux, rejoindre le vide, trouver l'amour, rêver peut-être. Dormir toujours et ne plus avoir à trouver de raison de se lever. Ne plus devoir puiser ses dernières forces. Personne ne s'inquiète de ne pas la voir, de ne pas l'entendre. Son corps se glace. Un jour, deux jours, deux heures. Elle était décidément trop seule. Absurde réalité pour cette noire nuit d'hiver. Pas un choix. Des abandons encore et encore. Sa faute ? Sans doute. On ne reste pas pour quelqu'un qui ne peut être aimée. Elle avait des rêves. Trop. Et elle était seule, toujours si seule, terriblement seule, aveuglément seule, horriblement seule, follement seule, exécrablement seule, insupportablement seule. Son corps se glace. Un jour, deux jours, trois jours. Elle était tellement seule. Quelques cachets, une triste nuit d'hiver. Son corps est froid.

    Nyx

     Note de l'auteur : Et pourtant, je n'aime pas trop la prose poétique, vous le savez. Mais cette nuit, je le sentais bien, j'étais inspirée. J'espère que ce petit texte vous a plu ou touché. A bientôt -au plus tard au 15 décembre !

     

     

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique